Extrait du livre...
Premier extrait (Lou à la poste):
Maudit endroit, de longues queues interminables de gueux au teint grisâtre et à la mine morgue. Je ne supporte pas cette proximité, ce mélange d'effluves corporels, ces présences qui m'effleurent. C'est comme si nos ombres cachées luttaient pour la vie. Je perçois la noirceur de leur âme danser autour de leur tête, pareille à un feu de camp de zombies. Multitude de petits rats d'égout, dégoulinants et ternes. Ce qui me dérange? C'est qu'ils me font penser à une partie de moi que je déteste, que je bouscule sans cesse, celle qui ne veut surtout pas être remarquée, ce coté souris grise qui trottine en silence, cette sensation est un truc gluant qui s'accroche à moi depuis petite, qui ne me décolle pas, même si je le balance contre le mur, il fait ventouse, beurk, ça colle partout.
Mes poumons cherchent une bouffée d'air frais, un peu d'oxygène, mais je ne vois que ces fenêtres presque accrochées au plafond et habillées de barreaux rutilants, est-ce pour protéger la poste des intrus ? Ou pour m'enfermer dans ces cachots entourée de ces êtres grimaçants ?
Je m'approche de la femme derrière son guichet la saluant d'un sourire, elle ne me répond pas, , cette silhouette aux couleurs passées, figée comme une verrue au milieu de la figure, ça craint, j'ai senti un malaise s'immiscer et je me contente de lui demander sèchement un carnet de timbres. Ce que j'aime avec les gens désagréables c'est que je ne suis plus obligée d'être aimable, déjà je me suis retenue de la frapper, Dieu soit loué ! Mais cette lourde intégration sociale de quelques instants m'a épuisée, elle suffira bien, j'ai gagné un petit bout de paradis pour une nuit glaciale.
Deuxième extrait (Lou en cavale avec ses amies) :
« Longeant les murs, d’un pas souple et silencieux nous imprégnons nos êtres de chaque odeur, chaque effluve. Un petit air frais porte avec lui un doux parfum de terre humide mélangé aux arômes de café et de tabac des terrasses voisines. Nos yeux scrutent des hommes aux cheveux rasés et au corps athlétique car ils seront nos proies. Des voix masculines et braillardes viennent agréablement chatouiller nos tympans nous indiquant que le zinc que nous approchons sera le bon.


Commentaires